La plage du bout du monde.

La plage du bout du monde.
Cette jolie plage se situe à la pointe Sud-Ouest de l'Afrique romantiquement appelée le Cap de Bonne Espérance. Le lieu est mythique pour tout marin qui se respecte, en effet le Cap fut d'abord découvert par l'explorateur portugais Bartolomeu Dias qui l'avait baptisé le Cap des Tempêtes, tant l'océan peut se déchaîner en hiver. Ce n'est que plus tard qu'il fut renommé Cap de Bonne Espérance car il donnait bon espoir de pouvoir trouver une route menant jusqu'aux Indes.
Il se situe à la jonction de deux masses d'eau extrêmement contrastées : le courant froid Benguela de la côte Ouest et le courant chaud Agulhas de la côte Est. Cette jonction explique en partie la violence des tempêtes qui ont valu au Cap son nom originel (je ne suis pas hydrographe, aussi si un spécialiste passe par là et estime que je raconte des conneries, je lui demande de me corriger). Néanmoins tempêtes il y a et on ne peut pas dire qu'elles se soient apaisées depuis le passage de Dias comme en témoignent les nombreuses épaves éparpillées le long des côtes, elles attirent d'ailleurs à elles seules une quantité non négligeable de touristes, sans doute des chasseurs de trésors à la retraite.
Dans la conscience populaire, le Cap de Bonne Espérance est perçu comme le point de rencontre de l'Océan Atlantique et de l'Océan Indien. Néanmoins la réalité géographique place ce point au niveau du Cape Agulhas, plus à l'Est.

Le Cap de Bonne Espérance n'en reste pas moins extrêmement symbolique tant pour la découverte de l'Inde que pour son exploitation commerciale par la Compagnie des Indes Orientales (Dutch East India Company ou Vereenigde Oostindische Compagnie)
Il faut savoir qu'elle était la première et, entre 1602 et 1798, pratiquement la seule entreprise capitaliste dans un monde encore médiéval. Elle avait acquis un pouvoir politique et économique tel qu'il ferait aujourd'hui pâlir d'envie les grands groupes comme Microsoft.
Elle a également donné naissance à plusieurs légendes dont celle du Hollandais Volant qui a été sauvagement relookée par la saga des Pirates des Caraïbes. L'une des adaptations les plus connues est l'opéra de Wagner qui lui a valu de rentrer dans la légende comme le premier homme ayant jamais vaincu le capitaine Van Der Decken aux échecs et gagné de ce fait le droit de collecter les informations nécessaires à la composition de son chef-d'œuvre. On peut aujourd'hui emprunter le funiculaire du Hollandais Volant afin de se rendre sur le vieux phare surplombant le Cap dans l'espoir de l'apercevoir, entrant dans la baie et déployant ses majestueuses voiles rouges. Attention aux hallucinations cependant : les dernières apparitions « officielles » du vaisseau fantôme remontent à la Seconde Guerre Mondiale.

Pour se rendre à la pointe du Cap, on peut emprunter le bus ou l'hélicoptère pour les plus fortunés. Mais le must est quand même de le contourner en bateau pour l'aspect mythique et un joli certificat signé par le capitaine disant : « Je soussigné, le capitaine Haddock certifie qu'en ce jour de insérez la date, M. Untel (et non pas Intel) a franchi sans crainte le Cap de Bonne Espérance dans le sens insérez le sens de franchissement. Que les vents lui soient toujours favorables. »
En dehors du mythe et du sentiment que l'on éprouve en se retrouvant à la limite de l'Afrique, faisant face à l'Antarctique, la pointe du Cap offre de nombreux sentiers de randonnée, des plages, des vues imprenables, des épaves, des poissons, des restaurants et la possibilité de voir des baleines si on a de la chance ce qui entre décembre et mai est aussi improbable que d'apercevoir le Hollandais Volant. Et pour les amoureux du monde animal elle abrite également 250 espèces d'oiseaux, des zèbres, des mangoustes et des babouins (cf. article suivant).

# Posté le mardi 05 juin 2007 07:09

Modifié le lundi 06 octobre 2008 11:18

Les passagers clandestins

Les passagers clandestins
Voici une photographie d'un spécimen mâle de l'espèce Papio ursinus ou Chacma Baboon en Anglais. Comme on peut le voir, les babouins sont tout à fait ouverts aux progrès de la technologie humaine et n'hésitent pas à y recourir lorsqu'elle leur permet d'alléger le fardeau de leur existence.
Les babouins vivant sur la péninsule du Cap sont la seule population protégée de leur espèce. Ils se nourrissent de fruits, de racines, de miel, d'insectes et de scorpions. Cependant ils ont adopté un comportement assez inhabituel qui est celui de parcourir les plages à marée basse à la recherche de poissons et de fruits de mer en tout genre ce qui n'est pas sans rappeler les pêcheurs-cueilleurs du Mont Saint Michel.
Attention, je n'ai pas dit que je comparais ces gens aux babouins et toute ressemblance serait purement fortuite :D

Il est totalement interdit de nourrir les babouins sous peine d'amende car les babouins habitués à être nourris par les humains n'hésitent pas à s'inviter dans les villes et prendre la nourriture où elle se trouve comme on peut le voir en Indonésie. De par leur taille et leur force, ils représentent une réelle menace pour les humains.

En cas de rencontre avec un babouin, il est conseillé de :

Garder ses distances.
S'éloigner lentement si un babouin s'approche de vous.
Ne pas montrer de nourriture en leur présence.
Ne pas ouvrir les portes ou vitres des véhicules en leur présence.
Et surtout ne pas les nourrir (comme les Mogwais)


Mais si vous avez de la chance, vous pourrez en emporter un sur le toit de votre voiture :p

# Posté le mardi 05 juin 2007 07:27

De la religion et de l'existence de Dieu.

De la religion et de l’existence de Dieu.
Je vais m'attaquer à un thème plus sérieux car je ne sors plus beaucoup : j'ai pas mal de boulot en ce moment et il fait assez moche dehors, en plus la nuit tombe de plus en plus tôt. Donc je passe mon temps libre à lire et certaines de mes lectures m'ont amené à m'interroger sur le rôle des religions dans la société et sur l'existence de Dieu.

Je précise tout de suite que par Dieu j'entends un être surnaturel comme décrit dans les grandes religions monothéistes : omniscient, omnipotent, infiniment bon, créateur de toute chose et qui exige vénération de la part des êtres humains.
La métaphore panthéiste de Dieu comme l'ordre naturel, utilisée abondamment par des scientifiques célèbres comme M. Einstein (« Dieu ne joue pas aux dés »), ne tombe pas sous cette définition.

J'ai longtemps hésité sur la forme à donner à mon article et j'ai finalement décidé de le séparer en trois parties distinctes, allant du plus concret au plus abstrait. Je commencerai par certaines croyances, m'attarderai sur la place et le rôle des religions dans les sociétés et finirai par discuter de l'existence de Dieu. Je ne prétends pas détenir la vérité sur ces sujets et mes articles sont ouverts aux critiques et suggestions (de préférence constructives).
J'essayerai de rendre les articles « interactifs » en insérant des petits sondages, car tout avis sur la question m'importe.

Je ferai souvent référence à des concepts chrétiens. Ce n'est pas parce que j'aime plus ou moins les chrétiens que d'autres croyants, mais seulement de par mon expérience personnelle, j'ai davantage baigné dans une culture chrétienne (à la fois orthodoxe, catholique et protestante) que musulmane, juive ou autre.

Donc pour commencer, un premier sondage. Quel est votre système de pensée : théiste, athéiste ou agnostique ? Pourquoi ? Dans le cas du théisme, précisez votre religion et pourquoi celle-ci plutôt qu'une autre.

NB. Le théisme est le fait de croire en l'existence de Dieu, l'athéisme est le fait de ne pas croire en l'existence de Dieu, l'agnosticisme est le fait de ne pas se prononcer sur la question.

PS. Je précise « système de pensée » parce que je trouve que l'on parle trop souvent de l'athéisme comme d'une religion. L'athéisme est autant une religion que ne pas collectionner des timbres est un hobby.

# Posté le mardi 19 juin 2007 05:16

Modifié le lundi 25 juin 2007 15:24

Partie 1. Une liste non exhaustive de croyances religieuses

Partie 1. Une liste non exhaustive de croyances religieuses
1. Le monde spirituel

Je regroupe sous ce titre l'existence de l'âme et d'autres esprits ainsi que la vie après la mort.

L'âme est une entité immatérielle capable de perception et de conscience. Cette entité est considérée immortelle. Elle accompagne un être humain de son vivant, emmagasinant des données sur ses actions et, à sa mort, elle devient le récipient de sa conscience. Cette âme pourrait alors revenir sous forme de fantôme, ou bien aller vers un Au-delà (un paradis ou un enfer).
Comme l'a montré Thomas Hobbes, le concept d'une substance non substantielle est une contradiction. Il n'est pas possible d'imaginer une entité non physique dotée de vie et d'une perception. Ceux qui croient aux âmes se les représentent d'ailleurs comme des brumes à l'apparence humaine. Certains disent que l'âme est comme l'air : on ne peut pas la voir ou la toucher, mais elle existe. On ne peut certes pas voir ou toucher l'air à notre niveau macroscopique, cependant il existe des moyens de le détecter autres que la vision ; pour ce qui est des âmes, il n'y en a évidemment aucun.
Si l'âme existait, elle constituerait une violation de la première loi de la thermodynamique. En effet, un être surnaturel ne pouvant être observé, l'énergie que nécessiterait son interaction avec le monde matériel semblerait venir de nulle part. Une violation permanente de cette loi concernant plus de 6 milliards d'individus vivants (et un nombre inconnu de morts) ne pourrait ne pas être observée.
De même, comment cette âme immatérielle stockerait-elle l'information ? Comment se rendrait-elle en enfer ou au paradis ? Comment subirait-elle un châtiment ou se délecterait-elle d'un repos bien mérité en l'absence de système nerveux ?

Bref l'idée d'une âme est absurde mais très alléchante car elle promet la survie après la mort, chose à laquelle personne ne peut rester indifférent.

Une autre croyance associée est celle de l'existence d'esprits malins (ou bénins) qui par leur présence et leurs actions influencent le comportement des êtres humains. Il existerait un esprit pour chacun de nos sentiments, chacun de nos « péchés », etc...
Si quelqu'un tue, c'est parce que l'esprit du meurtre l'a possédé, si quelqu'un ment, c'est l'esprit du mensonge qui parle, etc...
Cette croyance a été renforcée par l'apparition de l'hypnose comme manipulation délibérée d'un « esprit » par un autre. Elle est aussi absurde que l'idée d'une âme pour des raisons identiques, mais elle est bien plus dangereuse en pratique car elle tend à déresponsabiliser l'individu.
Ex : « Je l'ai violée, M. le juge, mais ce n'est pas de ma faute, un esprit m'avait possédé. » Ce genre d'argument ne serait pas recevable en France mais il y a fort à parier qu'il pourrait passer dans un pays moins laïque et plus fanatique.
L'autre danger est d'associer tous les troubles de comportement à des possessions et de vouloir « guérir » des malades mentaux par des actes d'exorcisme. En dehors des risques liés à ces pratiques, c'est montrer du mépris envers la souffrance d'autrui.

La croyance en l'existence d'un monde spirituel transcende les religions et est communément admise par des cultures très distinctes. Cela est en partie lié à la perception naturelle que l'homme a du monde. En effet, dès notre plus jeune âge, nous adoptons une vision dualiste du monde : la matière d'un côté, l'esprit de l'autre ; la vie d'un côté, la mort de l'autre. Il semblerait que des enfants n'ayant pas été informés de la religion, développent indépendamment une croyance de type animiste.
En grandissant, on perd cette disposition et on adopte une vision moniste : « l'esprit » n'est alors plus qu'une manifestation de la matière. On se rend compte alors qu'il n'y a pas d'esprit faisant couler la rivière, pas plus qu'il n'y a de monstre sous notre lit.
Cependant la religion perpétue une vision dualiste du monde, on peut donc dire que les croyants sont des adultes qui ont oublié de grandir « spirituellement ».

2. Les miracles

Un miracle est “une transgression d'une loi naturelle par la volonté divine ou par l'interposition d'un agent invisible. “ (Hume).
Partons d'une observation : plus une culture ou un peuple est ancien et barbare et plus la tendance à observer des miracles et des prodiges est forte. En contrepartie, plus la science évolue et plus le nombre d'observations miraculeuses diminue. Que doit-on en déduire ? Que la science est le fruit de Satan et que donc elle empêche les manifestations miraculeuses par sa simple existence ? Ou que la plupart des observations identifiées comme miracles peuvent être simplement expliqués par des faits scientifiques ?
Ce qui est le plus impressionnant, c'est le nombre de personnes qui continuent de croire aux miracles bien que leur existence n'ait jamais été prouvée et qu'une grande majorité ait été dénoncée comme frauduleuse, preuves à l'appui.
Les miracles les plus célèbres (et les plus recherchés) sont les guérisons « spirituelles ». Certaines églises protestantes pratiquent régulièrement des services de guérison qui se déroulent de la manière suivante. Une personne X affectée d'une maladie Y et présentant explicitement les signes de celle-ci vient devant la scène où officie le pasteur. Celui-ci prie pour X et pose sa main sur sa tête. Immédiatement X explose de joie et ne montre plus aucun signe de la maladie Y, il est donc guéri, cqfd.

Ecartons pour un moment l'hypothèse que le pasteur et X soient malhonnêtes, qui est l'hypothèse la plus probable dans la plupart des cas. Il y a trois raisons qui peuvent expliquer une apparente guérison.
Tout d'abord il faut savoir que les maladies ne sont pas une constante descente vers la mort, elles évoluent plutôt en dent de scie. A une période de crise succède une période de bien-être relatif. Il suffit de tomber dans l'une de ses périodes et voilà, le croyant est guéri. Cependant cette guérison n'est que temporaire et une rechute en l'absence de soins est garantie.
Ensuite, il existe ce que l'on appelle l'effet placebo (abondamment exploité en homéopathie). Le fait de convaincre le patient qu'il va mieux a des répercussions positives sur son état effectif. Cependant si cela marche plutôt bien pour des maladies bénignes, il est absolument inconcevable de guérir des maladies plus graves.
Enfin il y a la pression psychologique de la part de la congrégation. Il y a la volonté de bien « faire » ou plutôt de bien paraître aux yeux des autres. L'échec de la guérison n'est jamais attribué au pasteur mais au malade, car il n'aurait soi-disant pas suffisamment la foi. Ne pas montrer de signes de guérison, c'est donc admettre être un mauvais croyant, d'où la pression psychologique qui s'ajoute à l'effet placebo.
Etrangement, même les plus fervents croyants admettent n'avoir jamais vu repousser un membre arraché ou une plaie se refermer devant leurs yeux. Les maladies guéries sont invisibles et ne peuvent être montrées que par un comportement symptomatique du malade.

Il faut aussi remarquer que le raisonnement vis-à-vis des miracles est souvent fallacieux. C'est ce que l'on appelle le raisonnement post hoc ergo propter hoc qui repose sur la fausse notion que le seul fait qu'un événement se produise (immédiatement) après l'autre suffit à dire que le second est un effet du premier. Ainsi, même si une guérison se produit après un service de guérison dans une église, cela ne veut pas dire qu'elle ne se serait pas produite autrement.
Et on comprend aisément la difficulté d'analyse scientifique du phénomène.


3. La glossolalie

Cette croyance fait référence aux Actes des Apôtres II. Elle est pratiquée dans certaines églises protestantes.
Il s'agit de prononcer des séquences sonores aléatoires dans sa langue d'origine qui auraient une signification particulière pour certaines personnes présentes dans l'assistance ou qui serait même la « langue » parlée au paradis.
Lorsque la glossolalie est pratiquée par un schizophrène, on l'appelle charabia ; lorsqu'elle est pratiquée par un croyant au sein d'une congrégation, elle est l'expression du Saint Esprit. La glossolalie pratiquée par des personnes d'origine hispanique, slave ou anglo-saxonne sera sensiblement différente, du fait des différences entre ces langages. Elle ressemble effectivement à un langage « cohérent » mais uniquement parce que les pratiquants veulent (consciemment ou pas) qu'elle soit un langage.
Néanmoins toute tentative de décodage (ou au moins de structuration) de la glossolalie par les linguistes a échoué, ce qui n'empêche pas les gens de lui trouver une signification particulière et toujours appropriée aux circonstances dans lesquelles elle est pratiquée.

Sur un plan neurologique, l'état de glossolalie se présente comme l'opposé de l'état de méditation : l'activité du cerveau s'intensifie dans les zones dédiées au langage et à la perception et chute dans les zones dédiées à la conscience de soi, ce qui explique une sensation de possession. La méditation au contraire donne une sensation de repli extrême sur soi et de déconnexion avec l'environnement.
Le fait qu'il soit possible de trouver une signification à la glossolalie s'explique par plusieurs facteurs :

La pareidolie auditive est la tendance à interpréter comme reconnaissable un phénomène
sonore aléatoire
.
L'apophénie est la tendance à attribuer un sens à des événements banals et non connectés
entre eux.
La pression des pairs, tout comme dans le cas des miracles.
L'auto suggestion : si on veut entendre un message, peu importe ce que l'on écoute, on
finira par l'entendre.



4. Le créationnisme

C'est la croyance en la création de l'Univers par Dieu, littéralement décrite dans le livre de la Genèse : elle postule notamment que la Terre est vieille de 6000 ans, que l'homme a cohabité avec les dinosaures, que ces derniers sont morts suite au Déluge, il y a environ 4500 ans, que l'évolution est un mensonge et que donc chaque espèce a été créée par Dieu suivant un plan prédéfini et non modifiable.
Le problème majeur de cette croyance est qu'elle se définit elle-même comme une science et tend à s'imposer en rival de la théorie de l'évolution dans les écoles américaines (elle s'invite également en Grande-Bretagne). Elle essaye donc de franchir la limite religion/science pour mieux pénétrer la conscience collective.

En tant que théorie scientifique, elle présente de nombreux défauts : elle ne fournit aucune preuve autre que la Bible et le fait qu'il existe des phénomènes que les théories scientifiques actuelles ne peuvent pas expliquer. Elle défausse systématiquement toute preuve contradictoire comme « non pertinente ». Ex : « La datation au Carbone 14 n'est pas pertinente lorsqu'il s'agit d'estimer l'âge d'un objet. Il est toujours préférable de se référer aux écrits contemporains pour ce genre d'estimation. »
Il va sans dire que de nombreux écrits Romains, Grecs ou autres antérieurs à la Bible ne voient pas la Genèse de la même façon, mais ce sont sans doute des écrits non pertinents.
De plus, le créationnisme n'est pas falsifiable, il n'y a pas de limite à son domaine d'application. Il ne cherche pas à établir une vérité relative et temporaire, il possède déjà la vérité absolue et intemporelle. Nous sommes donc bien en présence d'une croyance religieuse et non d'une théorie scientifique et si on devait l'enseigner, ce serait en cours de lettres classiques ou de mythologie mais sûrement pas en sciences naturelles comme ce qui est fait outre-atlantique.

Je pense qu'il est inutile d'apporter des preuves pour contredire cette croyance, tant elles abondent autour de nous. Cependant, il faut contrer l'attaque faite à la théorie de l'évolution, en cela que cette dernière est extrêmement importante, non seulement en biologie, mais également pour la perception du monde en général.
En effet, elle montre comment quelque chose d'a priori improbable (comme l'existence de formes de vie intelligentes) et nécessitant un design complexe peut apparaître progressivement étant donnés un temps suffisant et des conditions favorables.

Le créationnisme l'attaque sur deux points : d'abord la vie intelligente est improbable et donc impossible et ensuite les êtres vivants sont tellement bien adaptés à leur milieu que cela ne peut résulter que d'une création intelligente.

Il est totalement faux de faire des probabilités a posteriori. Admettons que je lance une pièce 20 fois et que j'obtienne la séquence suivante PPFFFPFPFPFFPPPFPFFP. Il y a-t-il quelque chose de surprenant au fait que j'obtienne cette séquence ? Non. Quelles sont mes chances de l'obtenir ? 1 chance sur 2 à la puissance 20. C'est hautement improbable et pourtant je l'ai fait, est-ce un miracle ? Non, parce que je n'ai pas prédit cette séquence. J'aurais pu obtenir n'importe quelle autre séquence parmi les 2 à la puissance 20 et ça ne m'aurait pas choqué.
Maintenant que j'ai obtenu cette séquence, quelles sont mes chances de l'avoir obtenu ? 1 sur 1. Se dire j'existe, or il y a a priori 1 chance sur ∞ pour que j'existe, donc j'ai été créé est un raisonnement fallacieux. J'existe donc il y a 1 chance sur 1 pour que j'existe. Faire des probabilités a posteriori peut conduire à n'importe quelle conclusion. La vraie question qu'il faudrait se poser est : « Etant donné que toutes les conditions sont réunies pour l'existence d'une vie intelligente, il y a-t-il une raison pour qu'elle n'existe pas ? »

L'apparence de design que les créationnistes invoquent dans les différentes espèces d'animaux est due à une perception erronée de notre cerveau. Nous évaluons notre environnement suivant trois modes.

Le plus basique est la physique : je vois un rocher qui me tombe dessus, si je ne bouge pas, il va effectivement me tomber dessus, donc je bouge. En évaluant le comportement physique d'un système, on peut prédire son évolution, cependant lorsque le système est complexe, la prise de décision ne sera pas suffisamment rapide, on a donc recours à une perception de plus haut niveau.

Le design : je vois un tigre, ce tigre a des pattes et des griffes, j'en déduis qu'il peut courir et attraper des proies (je n'ai pas besoin de savoir comment ces griffes et pattes fonctionnent), donc j'évite de trop m'approcher du tigre. En évaluant diverses pièces d'un système, on prédit son évolution, une fois de plus, si le système possède de nombreuses pièces, la prise de décision risque d'être trop lente.

L'intention : ce même tigre grogne et se dirige dans ma direction, je me fous de savoir comment il peut m'attraper, il démontre clairement son intention à mon égard, je fuis. En prédisant l'intention derrière l'action, on peut prédire extrêmement rapidement l'évolution d'un système. Cette perception de haut niveau a été très utile à notre évolution et l'est encore aujourd'hui (il suffit d'observer tous les sports ou des adversaires s'opposent).

L'idée même de design intelligent vient du fait que nous fabriquons des objets suivant un design intelligent (je mettrais un petit bémol pour les « artistes » modernes) et non aléatoire. Lorsque nous voyons un système fabriqué par l'homme, nous lui appliquons un raisonnement de haut niveau. On n'a pas besoin de savoir comment les électrons se déplacent dans l'ordinateur pour taper une page de texte.
Le problème vient du fait que l'on a tendance à appliquer ces raisonnements de haut niveau à des problèmes de bas niveau. Je marche sur une route, un rocher tombe d'une falaise à 2 cm de ma tête. Je cherche à savoir qui l'a lancé parce que la coïncidence semble trop parfaite. C'est cette erreur que l'on commet en cherchant un design derrière un objet naturel, une intention ou un message derrière les formes aléatoires des nuages, etc...
Evidemment les créationnistes, ayant créé Dieu à leur image, veulent que celui-ci soit le créateur de toute chose qu'il soit a priori possible ou nécessaire de créer.

L'abstraction est une capacité humaine très utile, mais il ne faut pas en abuser surtout lorsque l'on considère des systèmes ou des événements simples.


Evidemment je n'ai pas cité ici toutes les croyances religieuses mais ce bref aperçu est suffisant pour se rendre compte à quel point elles peuvent être irrationnelles. Elles relèvent effectivement d'un acte de foi, car elle ne pourraient pas survivre à un examen rationnel.
Les raisons qui poussent à croire en ces phénomènes surnaturels sont :

la perception dualiste du monde
les hauts niveaux de perception appliqués à des problèmes de bas niveau
la pression des pairs
la confiance accordée aux figures d'autorité (parents, prêtres, etc...)
le confort de certaines croyances (vie après la mort)
la difficulté de remettre ses propres perceptions en cause

Après avoir montré certaines croyances, je vais essayer d'expliquer comment et dans quel but elles sont utilisées par les organisations religieuses.

Avant de poursuivre, un petit sondage : partagez-vous une (ou plusieurs) de ces croyances ? Avez-vous d'autres croyances ? Et surtout pourquoi ? Soyez honnêtes (« j'y crois parce que c'est vrai » n'est pas une réponse).

PS. Si toutefois vous avez la certitude absolue de l'existence de "pouvoirs" surnaturels, je vous prie de postuler ici.

# Posté le mardi 19 juin 2007 12:47

Modifié le mercredi 08 juillet 2009 06:32

Partie 2. De la religion dans la société

Partie 2. De la religion dans la société
Fondements de la religion

Toute religion repose sur un ensemble de croyances, comme celles présentées dans l'article précédent. Ces croyances, appelées dogmes, sont admises et ne sont jamais remises en question. Elles sont l'équivalent d'un axiome en mathématique.
Les dogmes sont décidés par les hautes autorités religieuses lors d'assemblées ou conciles. Je ne sais plus qui a dit : « Les dogmes sont juste les opinions qui ont survécu ». En effet l'interprétation des textes et enseignements religieux a donné naissance à de nombreuses versions de dogmes, les plus « populaires » s'étant imposées.

Dans le cas de religions organisées, les dogmes sont regroupés dans un livre sacré qui est à la base de la croyance. Il s'agit de la Bible, du Coran ou de la Torah par exemple. Si les origines historiques de ces livres sont incertaines, les croyants s'accordent à dire qu'ils sont d'inspiration divine et représentent l'expression de la volonté de la divinité.
Cependant l'interprétation des livres est sujette à discorde. Le judaïsme reconnaît l'Ancien Testament mais pas le Nouveau Testament ou le Coran, le christianisme reconnaît les deux testaments et ainsi de suite.
De même, suivant les religions, les livres sont lus de manière littérale (courants évangéliques) ou allégorique (catholicisme) ce qui au final donne une variété impressionnante d'opinions souvent contradictoires sur un seul et même sujet.

Les religions évoluent également, les nouvelles absorbant les dogmes et les mythes des anciennes. Par exemple des éléments de la vie de Jésus de Nazareth sont inspirés de mythes païens : il naît d'une mère vierge, il est vénéré par les rois mages. La fête de Noël elle-même a été reprise de la célébration païenne du solstice d'hiver.
Se voulant également une source de morale, les religions absorbent des textes non religieux. Par exemple les 10 Commandements du christianisme, ou du moins ceux d'entre eux qui ne concernent pas le culte, sont inspirés du Code d'Hammourabi.

Enfin la religion repose sur un culte dont les modalités sont extrêmement variées et toujours en rapport avec les dogmes. Le culte peut aller des chants liturgiques aux sacrifices humains (dans les religions aztèque et maya). Certaines religions prônent la liberté de culte, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de structure de culte prédéfinie et que toute manifestation de vénération de la divinité est acceptée du moment qu'elle reste dans des limites acceptables (c'est en grande partie le cas des églises évangéliques).
Le culte et les dogmes permettent au croyant de s'identifier à sa religion, d'une part en intégrant des valeurs fondamentales, d'autre part en s'intégrant à une communauté par la pratique collective du culte.
De par cet aspect la religion fait partie de la culture d'un peuple et influence fortement celle-ci.

Il est malheureusement impossible de remonter le temps et assister à la naissance des « grandes religions » pour comprendre l'apparition des dogmes mais on peut s'intéresser à l'émergence d'une religion assez jeune bien qu'extrêmement marginale.




La conversion

Comment devient-on un croyant ? Comment la religion arrive-t-elle à imposer ses idées aux individus ?

D'une part par l'éducation, qui commence dès le plus jeune âge. En effet les jeunes enfants adoptent naturellement une vision dualiste du monde et cette vision est souvent nécessaire pour accepter les croyances religieuses.
Les enfants ont également une confiance aveugle en leurs parents et en toute figure d'autorité, ce qui est un comportement tout à fait naturel. Comment un enfant peut-il remettre en cause ce que lui disent ses parents ou les autorités religieuses, alors que cette capacité à apprendre est indirectement à la base de sa survie ?
Il pourrait en effet décider de ne pas croire qu'il est dangereux de sauter d'une falaise et essayer par lui-même. Heureusement ce genre de comportement est inhibé jusqu'à l'adolescence.
Il ne peut également pas remettre en question l'opinion de ses instructeurs s'il n'a pas été confronté à une alternative. L'éducation religieuse reposant sur des dogmes, elle n'est pas intéressée par un débat de ceux-ci.

L'éducation passe également par une très forte pression psychologique. D'une part des croyances comme l'existence de l'enfer sont très impressionnantes, pour ne pas dire traumatisantes pour de jeunes enfants. Je doute qu'ils voient les lacs de feu et les gens qui brûlent comme des métaphores. La pression vient également de l'entourage et se résume à l'idée que si l'on ne croit pas alors on est quelqu'un de mauvais. Et il est évident que les enfants ne veulent surtout pas paraître mauvais aux yeux de leurs parents.

Enfin, elle passe par une pression « médiatique ». Le cinéma exploite allégrement le filon de la religion et encourage les croyances des plus jeunes. Et que penser du père Noël ? Je me demande combien d'enfants ont échappé à ce conte ?
Un vieux bonhomme très gentil qui vit dans un endroit qu'on ne connaît pas, que personne n'a jamais vu, qui sait à tout moment quel enfant a été gentil ou méchant et qui récompense les gentils une fois par an en accomplissant des miracles (faisant le tour du monde en une nuit et apportant le cadeau désiré à chacun). Et comme par hasard la nuit de Noël.
Si ce n'est pas une introduction à la religion pour les 3-5 ans, qu'est-ce que c'est ? Et lorsque l'on demande aux parents pourquoi ils mentent à leurs enfants, ils répondent évidemment : « c'est pour leur bien ».
Je n'ai jamais entendu quelqu'un dire qu'il souhaiterait vous convertir pour votre mal.

D'autre part par une expérience « mystique », que l'on peut avoir à tout âge. C'est une expérience à laquelle on ne trouve pas d'explication rationnelle parce que l'on n'a pas suffisamment cherché ou parce qu'il n'y en a effectivement pas.
On cherche donc une « explication » religieuse, c'est-à-dire que l'on cherche à identifier son expérience à une croyance religieuse préexistante.
D'abord ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'explication rationnelle qu'il n'y a pas de cause rationnelle. Et ensuite ce n'est pas parce qu'une explication n'est pas satisfaisante qu'il faut automatiquement considérer une explication alternative comme vraie.

Evidemment l'importance de l'implication personnelle dans l'expérience est décisive pour la conversion. Il y a peu de chance que l'on se convertisse si l'on entend quelqu'un nous dire qu'il a vu un miracle. C'est bien plus probable si l'on croit soit même en avoir vu un. Quelqu'un qui est prédisposé à une vision dualiste, se convertira d'autant plus facilement.

Victor Hugo disait que « Dans chaque village il y a une torche : l'instituteur et un extincteur : le curé ». Il avait certainement raison et je pense qu'il est tout à fait inutile « d'éteindre » des esprits qui n'ont pas encore eu l'occasion de s'embraser.
Je pense que l'enfant ne doit pas être introduit à la religion avant de pouvoir former sa propre opinion sur le sujet. Et je trouve que c'est un abus de langage de parler d'un enfant chrétien ou musulman. Parlerait-on de la même façon d'enfants marxistes ou d'enfants capitalistes ?
Il faudrait dire « un enfant de parents hindouistes » tout comme on dirait « un enfant de parents socialistes ».

Quand à ceux qui se convertissent après une expérience mystique, je pense qu'ils n'ont pas été suffisamment exposés à la chaleur de la torche dans leur jeune âge.

Je ne dis pas que les croyants sont plus stupides ou plus intelligents que les non-croyants. Je dis qu'ils ont une vision du monde totalement différente et que l'éducation permet de passer de l'une (dualiste) à l'autre (moniste).
« L'éducation c'est ce qu'il reste lorsqu'on a oublié tout ce qu'on avait appris » (Albert Einstein)



La religion et la science

La religion et la science sont deux approches totalement différentes du monde qui nous entoure.
La religion part des dogmes, elle sélectionne les observations qui confirment ces dogmes en défaussant les autres et réaffirme donc les dogmes en question. Elle part des dogmes pour retourner aux dogmes. Au final on est donc un peu plus sûr de ce dont on était déjà sûr.
La science part de l'observation, émet des hypothèses, élabore des théories, valide ou invalide ces théories par l'expérience. Elle part du réel pour retourner au réel. Au final on observe toujours le même phénomène, mais on peut l'expliquer indépendamment de l'observation.

Ces deux visions étant diamétralement opposées, on peut se demander comment la science et la religion ont pu cohabiter par le passé. D'abord les institutions religieuses disposaient de sommes d'argent colossales et s'adonnaient au mécénat. De nombreux chefs-d'œuvre de peinture, sculpture et d'architecture ont été commandités par les instances religieuses.
Tout scientifique qui voulait pouvoir travailler devait soit être issu d'une famille riche, soit chercher un financement. Il le trouvait auprès de monarques qui s'intéressaient essentiellement au progrès militaire ou de l'Eglise qui pouvait financer des projets non belliqueux. Cependant ils étaient régulièrement rappelés à l'ordre lorsque leurs découvertes s'écartaient trop des dogmes.

Les croyants invoquent souvent les noms de scientifiques ayant partagé leurs croyances. La question est : « avaient-ils vraiment le choix ? » Un scientifique aurait-il pu exercer son métier s'il n'avait pas eu le soutien du clergé ? Que penser de tous ceux qui ont été dénoncés comme sorciers, alchimistes ou autres ?

Néanmoins depuis le courant des Lumières, la méthode scientifique s'est détachée progressivement de la religion et a trouvé des sources de financement indépendantes. De plus en plus de découvertes sont venues remettre en cause les dogmes religieux : la théorie de l'évolution a sans doute été la plus importante. A tel point que les instances religieuses ont introduit le concept de non recouvrement des magistères.
La science et la religion appartiendraient à deux magistères différents : le matériel pour la science et le spirituel pour la religion. Ces deux magistères ne se recouvrant pas, la science n'aurait rien à dire sur les questions religieuses et la religion rien à dire sur les questions scientifiques.

Si ce concept a été employé avec succès pour éviter des conflits d'opinion, il ne marche généralement que dans un seul sens. Il est en effet utopique de demander à la religion de supprimer toute référence pseudo scientifique. Que serait la Bible sans la Genèse et l'Apocalypse ? De plus la religion recourt souvent à la science pour tenter de prouver que les miracles n'ont pas d'explication scientifique.

Par contre dès qu'une explication scientifique à un phénomène « surnaturel » survient, les autorités religieuses perdent tout intérêt en la matière et invoquent les magistères disjoints. Un prix est offert par la fondation Templeton à tout scientifique qui avancerait un argument en faveur de l'existence de Dieu ou de phénomènes surnaturels.
Le principe est populaire pour la seule raison qu'il n'existe pas de preuves en faveur de l'hypothèse de l'existence de Dieu.

Il semblerait donc que la science n'est valable que lorsqu'elle justifie les dogmes religieux, autrement elle n'est pas pertinente.

Il faut quand même rendre justice à tous les scientifiques qui ont sincèrement tenté de concilier leurs travaux et leurs croyances. Ce n'est généralement pas possible et soit on choisit la foi, soit le raisonnement scientifique.

En conclusion, la religion apparaît comme une pratique non nécessaire, mais elle est extrêmement répandue du fait de son aspect traditionnel. En effet on s'identifie plus facilement à un culte qu'à des institutions politiques. Le terme conflit interethnique est un euphémisme pour conflit religieux.

Ce que toutes les religions ont en commun c'est la croyance en un ou plusieurs êtres surnaturels qu'elles appellent dieux. Il semble évident que la religion ne peut exister sans Dieu, aussi je vais examiner cette croyance plus en détail dans l'article suivant.

Et le petit sondage. Quel point de vue pensez-vous le plus pertinent ?

A. Scientifique
B. Religieux
C. Ils sont équivalents
D. Ca dépend du magistère

# Posté le lundi 25 juin 2007 15:02

Modifié le mercredi 27 juin 2007 03:03