1. Le monde spirituelJe regroupe sous ce titre l'existence de l'
âme et d'autres esprits ainsi que la vie après la mort.
L'âme est une entité immatérielle capable de perception et de conscience. Cette entité est considérée immortelle. Elle accompagne un être humain de son vivant, emmagasinant des données sur ses actions et, à sa mort, elle devient le récipient de sa conscience. Cette âme pourrait alors revenir sous forme de fantôme, ou bien aller vers un Au-delà (un paradis ou un enfer).
Comme l'a montré
Thomas Hobbes, le concept d'une substance non substantielle est une contradiction. Il n'est pas possible d'imaginer une entité non physique dotée de vie et d'une perception. Ceux qui croient aux âmes se les représentent d'ailleurs comme des brumes à l'apparence humaine. Certains disent que l'âme est comme l'air : on ne peut pas la voir ou la toucher, mais elle existe. On ne peut certes pas voir ou toucher l'air à notre niveau macroscopique, cependant il existe des moyens de le détecter autres que la vision ; pour ce qui est des âmes, il n'y en a évidemment aucun.
Si l'âme existait, elle constituerait une violation de la
première loi de la thermodynamique. En effet, un être surnaturel ne pouvant être observé, l'énergie que nécessiterait son interaction avec le monde matériel semblerait venir de nulle part. Une violation permanente de cette loi concernant plus de 6 milliards d'individus vivants (et un nombre inconnu de morts) ne pourrait ne pas être observée.
De même, comment cette âme immatérielle stockerait-elle l'information ? Comment se rendrait-elle en enfer ou au paradis ? Comment subirait-elle un châtiment ou se délecterait-elle d'un repos bien mérité en l'absence de système nerveux ?
Bref l'idée d'une âme est absurde mais très alléchante car elle promet la survie après la mort, chose à laquelle personne ne peut rester indifférent.
Une autre croyance associée est celle de l'existence d'esprits malins (ou bénins) qui par leur présence et leurs actions influencent le comportement des êtres humains. Il existerait un esprit pour chacun de nos sentiments, chacun de nos « péchés », etc...
Si quelqu'un tue, c'est parce que l'esprit du meurtre l'a possédé, si quelqu'un ment, c'est l'esprit du mensonge qui parle, etc...
Cette croyance a été renforcée par l'apparition de l'hypnose comme manipulation délibérée d'un « esprit » par un autre. Elle est aussi absurde que l'idée d'une âme pour des raisons identiques, mais elle est bien plus dangereuse en pratique car elle tend à déresponsabiliser l'individu.
Ex : « Je l'ai violée, M. le juge, mais ce n'est pas de ma faute, un esprit m'avait possédé. » Ce genre d'argument ne serait pas recevable en France mais il y a fort à parier qu'il pourrait passer dans un pays moins laïque et plus fanatique.
L'autre danger est d'associer tous les troubles de comportement à des possessions et de vouloir « guérir » des malades mentaux par des actes d'
exorcisme. En dehors des
risques liés à ces pratiques, c'est montrer du mépris envers la souffrance d'autrui.
La croyance en l'existence d'un monde spirituel transcende les religions et est communément admise par des cultures très distinctes. Cela est en partie lié à la perception naturelle que l'homme a du monde. En effet, dès notre plus jeune âge, nous adoptons une vision dualiste du monde : la matière d'un côté, l'esprit de l'autre ; la vie d'un côté, la mort de l'autre. Il semblerait que des enfants n'ayant pas été informés de la religion, développent indépendamment une croyance de type animiste.
En grandissant, on perd cette disposition et on adopte une vision moniste : « l'esprit » n'est alors plus qu'une manifestation de la matière. On se rend compte alors qu'il n'y a pas d'esprit faisant couler la rivière, pas plus qu'il n'y a de monstre sous notre lit.
Cependant la religion perpétue une vision dualiste du monde, on peut donc dire que les croyants sont des adultes qui ont oublié de grandir « spirituellement ».
2. Les miracles Un miracle est “une transgression d'une loi naturelle par la volonté divine ou par l'interposition d'un agent invisible. “ (
Hume).
Partons d'une observation : plus une culture ou un peuple est ancien et barbare et plus la tendance à observer des miracles et des prodiges est forte. En contrepartie, plus la science évolue et plus le nombre d'observations miraculeuses diminue. Que doit-on en déduire ? Que la science est le fruit de Satan et que donc elle empêche les manifestations miraculeuses par sa simple existence ? Ou que la plupart des observations identifiées comme miracles peuvent être simplement expliqués par des faits scientifiques ?
Ce qui est le plus impressionnant, c'est le nombre de personnes qui continuent de croire aux miracles bien que leur existence n'ait jamais été prouvée et qu'une grande majorité ait été dénoncée comme frauduleuse, preuves à l'appui.
Les miracles les plus célèbres (et les plus recherchés) sont les guérisons « spirituelles ». Certaines églises protestantes pratiquent régulièrement des services de guérison qui se déroulent de la manière suivante. Une personne X affectée d'une maladie Y et présentant explicitement les signes de celle-ci vient devant la scène où officie le pasteur. Celui-ci prie pour X et pose sa main sur sa tête. Immédiatement X explose de joie et ne montre plus aucun signe de la maladie Y, il est donc guéri, cqfd.
Ecartons pour un moment l'hypothèse que le pasteur et X soient malhonnêtes, qui est l'hypothèse la plus probable dans la plupart des cas. Il y a trois raisons qui peuvent expliquer une apparente guérison.
Tout d'abord il faut savoir que les maladies ne sont pas une constante descente vers la mort, elles évoluent plutôt en dent de scie. A une période de crise succède une période de bien-être relatif. Il suffit de tomber dans l'une de ses périodes et voilà, le croyant est guéri. Cependant cette guérison n'est que temporaire et une rechute en l'absence de soins est garantie.
Ensuite, il existe ce que l'on appelle l'effet placebo (abondamment exploité en homéopathie). Le fait de convaincre le patient qu'il va mieux a des répercussions positives sur son état effectif. Cependant si cela marche plutôt bien pour des maladies bénignes, il est absolument inconcevable de guérir des maladies plus graves.
Enfin il y a la pression psychologique de la part de la congrégation. Il y a la volonté de bien « faire » ou plutôt de bien paraître aux yeux des autres. L'échec de la guérison n'est jamais attribué au pasteur mais au malade, car il n'aurait soi-disant pas suffisamment la foi. Ne pas montrer de signes de guérison, c'est donc admettre être un mauvais croyant, d'où la pression psychologique qui s'ajoute à l'effet placebo.
Etrangement, même les plus fervents croyants admettent n'avoir jamais vu repousser un membre arraché ou une plaie se refermer devant leurs yeux. Les maladies guéries sont invisibles et ne peuvent être montrées que par un comportement symptomatique du malade.
Il faut aussi remarquer que le raisonnement vis-à-vis des miracles est souvent fallacieux. C'est ce que l'on appelle le raisonnement
post hoc ergo propter hoc qui repose sur la fausse notion que le seul fait qu'un événement se produise (immédiatement) après l'autre suffit à dire que le second est un effet du premier. Ainsi, même si une guérison se produit après un service de guérison dans une église, cela ne veut pas dire qu'elle ne se serait pas produite autrement.
Et on comprend aisément la difficulté d'analyse scientifique du phénomène.
3. La glossolalie Cette croyance fait référence aux
Actes des Apôtres II. Elle est pratiquée dans certaines églises protestantes.
Il s'agit de prononcer des séquences sonores aléatoires dans sa langue d'origine qui auraient une signification particulière pour certaines personnes présentes dans l'assistance ou qui serait même la « langue » parlée au paradis.
Lorsque la glossolalie est pratiquée par un schizophrène, on l'appelle charabia ; lorsqu'elle est pratiquée par un croyant au sein d'une congrégation, elle est l'expression du Saint Esprit. La glossolalie pratiquée par des personnes d'origine hispanique, slave ou anglo-saxonne sera sensiblement différente, du fait des différences entre ces langages. Elle ressemble effectivement à un langage « cohérent » mais uniquement parce que les pratiquants veulent (consciemment ou pas) qu'elle soit un langage.
Néanmoins toute tentative de décodage (ou au moins de structuration) de la glossolalie par les linguistes a échoué, ce qui n'empêche pas les gens de lui trouver une signification particulière et toujours appropriée aux circonstances dans lesquelles elle est pratiquée.
Sur un plan neurologique, l'état de glossolalie se présente comme l'opposé de l'état de méditation : l'activité du cerveau s'intensifie dans les zones dédiées au langage et à la perception et chute dans les zones dédiées à la conscience de soi, ce qui explique une sensation de possession. La méditation au contraire donne une sensation de repli extrême sur soi et de déconnexion avec l'environnement.
Le fait qu'il soit possible de trouver une signification à la glossolalie s'explique par plusieurs facteurs :
La
pareidolie auditive est la tendance à interpréter comme reconnaissable un
phénomène
sonore aléatoire.
L'
apophénie est la tendance à attribuer un sens à des événements banals et non connectés
entre eux.
La pression des pairs, tout comme dans le cas des miracles.
L'auto suggestion : si on veut entendre un message, peu importe ce que l'on écoute, on
finira par l'entendre.
4. Le créationnisme C'est la croyance en la création de l'Univers par Dieu, littéralement décrite dans le livre de la Genèse : elle postule notamment que la Terre est vieille de 6000 ans, que l'homme a cohabité avec les dinosaures, que ces derniers sont morts suite au Déluge, il y a environ 4500 ans, que l'évolution est un mensonge et que donc chaque espèce a été créée par Dieu suivant un plan prédéfini et non modifiable.
Le problème majeur de cette croyance est qu'elle se définit elle-même comme une science et tend à s'imposer en rival de la théorie de l'évolution dans les écoles américaines (elle s'invite également en Grande-Bretagne). Elle essaye donc de franchir la limite religion/science pour mieux pénétrer la conscience collective.
En tant que théorie scientifique, elle présente de nombreux défauts : elle ne fournit aucune preuve autre que la Bible et le fait qu'il existe des phénomènes que les théories scientifiques actuelles ne peuvent pas expliquer. Elle défausse systématiquement toute preuve contradictoire comme « non pertinente ». Ex : « La datation au Carbone 14 n'est pas pertinente lorsqu'il s'agit d'estimer l'âge d'un objet. Il est toujours préférable de se référer aux écrits contemporains pour ce genre d'estimation. »
Il va sans dire que de nombreux écrits Romains, Grecs ou autres antérieurs à la Bible ne voient pas la Genèse de la même façon, mais ce sont sans doute des écrits non pertinents.
De plus, le créationnisme n'est pas falsifiable, il n'y a pas de limite à son domaine d'application. Il ne cherche pas à établir une vérité relative et temporaire, il possède déjà la vérité absolue et intemporelle. Nous sommes donc bien en présence d'une croyance religieuse et non d'une théorie scientifique et si on devait l'enseigner, ce serait en cours de lettres classiques ou de mythologie mais sûrement pas en sciences naturelles comme ce qui est fait outre-atlantique.
Je pense qu'il est inutile d'apporter des preuves pour contredire cette croyance, tant elles abondent autour de nous. Cependant, il faut contrer l'attaque faite à la théorie de l'évolution, en cela que cette dernière est extrêmement importante, non seulement en biologie, mais également pour la perception du monde en général.
En effet, elle montre comment quelque chose d'
a priori improbable (comme l'existence de formes de vie intelligentes) et nécessitant un design complexe peut apparaître progressivement étant donnés un temps suffisant et des conditions favorables.
Le créationnisme l'attaque sur deux points : d'abord la vie intelligente est improbable et donc impossible et ensuite les êtres vivants sont tellement bien adaptés à leur milieu que cela ne peut résulter que d'une création intelligente.
Il est totalement faux de faire des probabilités
a posteriori. Admettons que je lance une pièce 20 fois et que j'obtienne la séquence suivante PPFFFPFPFPFFPPPFPFFP. Il y a-t-il quelque chose de surprenant au fait que j'obtienne cette séquence ? Non. Quelles sont mes chances de l'obtenir ? 1 chance sur 2 à la puissance 20. C'est hautement improbable et pourtant je l'ai fait, est-ce un miracle ? Non, parce que je n'ai pas prédit cette séquence. J'aurais pu obtenir n'importe quelle autre séquence parmi les 2 à la puissance 20 et ça ne m'aurait pas choqué.
Maintenant que j'ai obtenu cette séquence, quelles sont mes chances de l'avoir obtenu ? 1 sur 1. Se dire j'existe, or il y a
a priori 1 chance sur ∞ pour que j'existe, donc j'ai été créé est un raisonnement fallacieux. J'existe donc il y a 1 chance sur 1 pour que j'existe. Faire des probabilités
a posteriori peut conduire à n'importe quelle conclusion. La vraie question qu'il faudrait se poser est : « Etant donné que toutes les conditions sont réunies pour l'existence d'une vie intelligente, il y a-t-il une raison pour qu'elle n'existe pas ? »
L'apparence de design que les créationnistes invoquent dans les différentes espèces d'animaux est due à une perception erronée de notre cerveau. Nous évaluons notre environnement suivant trois modes.
Le plus basique est la
physique : je vois un rocher qui me tombe dessus, si je ne bouge pas, il va effectivement me tomber dessus, donc je bouge. En évaluant le comportement physique d'un système, on peut prédire son évolution, cependant lorsque le système est complexe, la prise de décision ne sera pas suffisamment rapide, on a donc recours à une perception de plus haut niveau.
Le
design : je vois un tigre, ce tigre a des pattes et des griffes, j'en déduis qu'il peut courir et attraper des proies (je n'ai pas besoin de savoir comment ces griffes et pattes fonctionnent), donc j'évite de trop m'approcher du tigre. En évaluant diverses pièces d'un système, on prédit son évolution, une fois de plus, si le système possède de nombreuses pièces, la prise de décision risque d'être trop lente.
L'
intention : ce même tigre grogne et se dirige dans ma direction, je me fous de savoir comment il peut m'attraper, il démontre clairement son intention à mon égard, je fuis. En prédisant l'intention derrière l'action, on peut prédire extrêmement rapidement l'évolution d'un système. Cette perception de haut niveau a été très utile à notre évolution et l'est encore aujourd'hui (il suffit d'observer tous les sports ou des adversaires s'opposent).
L'idée même de design intelligent vient du fait que nous fabriquons des objets suivant un design intelligent (
je mettrais un petit bémol pour les « artistes » modernes) et non aléatoire. Lorsque nous voyons un système fabriqué par l'homme, nous lui appliquons un raisonnement de haut niveau. On n'a pas besoin de savoir comment les électrons se déplacent dans l'ordinateur pour taper une page de texte.
Le problème vient du fait que l'on a tendance à appliquer ces raisonnements de haut niveau à des problèmes de bas niveau. Je marche sur une route, un rocher tombe d'une falaise à 2 cm de ma tête. Je cherche à savoir qui l'a lancé parce que la coïncidence semble trop parfaite. C'est cette erreur que l'on commet en cherchant un design derrière un objet naturel, une intention ou un message derrière les formes aléatoires des nuages, etc...
Evidemment les créationnistes, ayant créé Dieu à leur image, veulent que celui-ci soit le créateur de toute chose qu'il soit a priori possible ou nécessaire de créer.
L'abstraction est une capacité humaine très utile, mais il ne faut pas en abuser surtout lorsque l'on considère des systèmes ou des événements simples.
Evidemment je n'ai pas cité ici toutes les croyances religieuses mais ce bref aperçu est suffisant pour se rendre compte à quel point elles peuvent être irrationnelles. Elles relèvent effectivement d'un acte de foi, car elle ne pourraient pas survivre à un examen rationnel.
Les raisons qui poussent à croire en ces phénomènes surnaturels sont :
la perception dualiste du monde
les hauts niveaux de perception appliqués à des problèmes de bas niveau
la pression des pairs
la confiance accordée aux figures d'autorité (parents, prêtres, etc...)
le confort de certaines croyances (vie après la mort)
la difficulté de remettre ses propres perceptions en cause
Après avoir montré certaines croyances, je vais essayer d'expliquer comment et dans quel but elles sont utilisées par les organisations religieuses.
Avant de poursuivre, un petit sondage : partagez-vous une (ou plusieurs) de ces croyances ? Avez-vous d'autres croyances ? Et surtout pourquoi ? Soyez honnêtes (« j'y crois parce que c'est vrai » n'est pas une réponse). PS. Si toutefois vous avez la certitude absolue de l'existence de "pouvoirs" surnaturels, je vous prie de postuler ici.